Le Hobie Cat 16 reste un support mixte par essence, formateur, pourvoyeur d'images fortes comme cette photo, l'icône du cata est à la fois élitiste et populaire. Son rejet par l'ISAF en 2012 explique que seulement 19 nations sont représentées en catamaran aujourd'hui à Rio. Ce choix n'a pas permis à la voile de dépasser un statut de sport pour les riches blancs et fragilise ainsi le statut olympique de la voile. photo FT

A l’heure ou se joue les médailles de cette olympiade, rappeler quelques constats sur le retour du catamaran de sport, n’est pas inutile.

Le golf est revenu au JO en se démocratisant. La voile s’inscrit dans une démarche inverse, inquiétante.

Le Nacra 17 est fantastique, complexe, exigeant et spectaculaire. Cependant on est loin du contrat initial  de 2012. Nous sommes passé de la fourniture des supports par le constructeur, puis seulement les plateformes et enfin un total « bring your boat ». Or la flotte collective, excellent concept HC16 ou Laser, avec le tirage au sort à chaque course c’est ce qui permet d’éliminer le plus, le facteur plastique et de valoriser la performance des sportifs. Ce qui reste le but de la grande messe du sport.

Acheter en plus d’une paire de supports (2 minimum, 3 c’est « mieux »), une dizaine de jeux de voiles, payer 5.000€ pour faire caler ses poutres et ses appendices n’est pas à la portée de tous. Ainsi ont été écarté de préparation aux JO, les compétiteurs de nations qui n’ont pas les moyens de se payer cette course à l’armement.

Kite-Surf comparé au 49er, aù-delà du prix, il y aussi l’accessibilité qui confère un statut olympique dépassant l’artificiel ou l’oukaze venu d’en haut par ceux « qui savent ». Un sport olympique est d’abord un sport populaire, comme la course à pied où le catamaran de sport pratiqué massivement par les vacanciers. Le retour du Golf à Rio est l’exemple de la démocratisation d’un sport qu a précédé son passage à l’Olympe. Pour le téléspectateur il s’agit de s’identifier aux héros de l’écran.

Le Laser du catamaran: le Hobie Cat 16 vendu à plus de 100.000 exemplaires, en flotte collective aurait permis à une trentaine de nations de s’aligner et au français de briller aussi. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, même si, à ce jour, le choix du cata présent sur la plupart des plages du monde, reste un voeu pieux.

Sur le caractère formateur à l’excellence de l’ancêtre avec les coques bananes, regarder le classement en Nacra 17 , suffit pour convaincre que le département voile légère de la FFVoile s’est bien planté en sortant ce support de la filière jeune en 2012.

“It’s the future of sailing”  selon Nathalie Brugger  ex-Lasériste suisse qui joue en haut de tableau à Rio.

La Coupe, le Tour de France à la Voile, le Match Racing mondial en attendant la Volvo, l’ensemble du pinnacle de la voile moderne est maintenant sur plusieurs coques. La voile sportive du XXIème siècle c’est une jolie conjugaison de supports rapides avec des formats intenses et compréhensibles.

Sous cette tendance lourde, les paquebots fédéraux du sport voile, dévient avec une certaine inertie (euphémisme). Paradoxalement ce sont bien les exigences du CIO qui constituent les aiguillons les plus acérés. Temps des courses, lisibilité, culture de la mixité, « funnitude » sont les critères qui, par élimination, mettent en avant notre sport.

Le reportage de World Sailing de la suisse Nathalie Brugger ex-Lasériste qui joue en haut de tableau à Rio apporte un remarquable éclairage sur le catamaran de sport: “It’s the future of sailing”. Pas besoin de traduire l’enthousiasme que suscite le catamaran chez les compétiteurs venus d’autres supports.

Ce qui explique que pour les prochains Jeux Olympiques de la Jeunesse en 2018 de Buenos Aires, il y a 3 supports à voile: la planche, le kite et un seul bateau le Nacra 15 full foiling.

Combien de catamarans aux JO de 2024 ?

Même si les promesses n’engagent que ceux qui les croient, le Nacra 17 est assuré de participer à Tokyo en 2020. Si World Sailing accepte en cette fin d’année, une version Mk2 (puit avec insert permettant différentes combinaisons de dérives), la flotte actuelle sera bonne pour la poubelle. Cela reviendra à conforter l’optique support de riche et par ricochet remettra en cause sérieusement la présence de la voile aux JO. L’exclusion de la voile paralympique des JO de 2020 est un coup de semonce qu’il convient de considérer.

Pour 2024, espérons que le plan d’eau retenu soit Marseille et tant qu’on est à souhaiter : trois (3 ) catamarans de sport en flotte collective, constituent un bon équilibre. Un support populaire et « rustique » mixte (Hobie Cat 16) , un support technique féminin (Nacra 17 Mk2), un support technique masculin (Nacra 20 FCS – Flying Phantom – EZ Flyer …).

Le choix de formats modernes comme celui de la RedBull Foiling Generation (poule de 4 , 2 winners passent et 2 losers tombent en rattrapage, il faut faire deux fois 3 ou 4 pour sortir) ou des qualifications en flotte et des phases finales avec remise à zéro du compteur (ou en match race comme le WMRT ou la Coupe) on aurait le bon équilibre entre sport, ouverture sur plus de pays, contraintes de la télévision et médailles tricolores (critères majeurs du financement de l’Etat…) .

Rajoutons une épreuve de côtiers  où le mini 60 pieds ORMA qu’est le Diam 24 avec trois équipiers apporterait une dimension « large » propre au sport voile.

Orion Martin / Nadine Wieland un équipage français vice-Champion du Monde Hobie Cat 16 ! Champion du Monde jeune Hobie Cat 16 l'équipage néo-calédonien: Auxence Thomas / Noa Ancien, 3ème et podium: Léo Belouard / Théo Bord ( et 9ème de l'Open quand même). Orion en tee-shirt bleu, les jeunes sont à droite de la photo de famille. photo: org. World HC16

Le tir groupé, 4 équipages dans le top 11, des performances françaises est remarquable et confirme un haut niveau tricolore dans une série populaire qui porte la voile sportive d’aujourd’hui et surtout de demain.

Le petit compte rendu d’Orion pour commencer: « Pas facile ce championnat, du vent faible, une cote très découpée et montagneuse, un plan d’eau fermé… condition de lac quoi ! Vent instable en force et direction. Nous avons donc du nous arracher pour remonter notre retard qui était de 25 points sur le deuxième en début de finale ! La suite vous la connaissez, impressionnant même et incroyable pour nous. Rester concentré manche par manche alors que les équipages de devant craquaient un par un envahi par le stress. Merci à ma petite Nadine Wieland et mes potos Bader Cédric, Benjamin Roulant, Jessica Nuel  et tout les autres car sans vous rien n’aurait été possible. »

Benjamin Roulant et Jessica Nuel, 7èmes,  les jeunes néo-caled déjà podium du Youth Léo Belouard / Théo Bord 9ème , 11èmes, Cédric Bader avec Sarah Holland privés de podium par une DSQ de trop. Cela roucoule pour le cata français, sans compter ceux qui ne sont pas allé (ni à pied, ni autrement) en chine. Pour mémoire Daniel Bjornholt le géant danois au look de Jésus filiforme, Champion du Monde 2016 avec Josephine Frederiksen,  a privé de titre européen jeune les français en 2012, 2013 et 2014.

La flotte internationale du  Hobie Cat 16 forme les top guns de l’olympisme

Je rabâche, mais selon l’adage kaki: pédagogie c’est répétition. Et la pédagogie  en s’appuyant sur des faits têtus, s’avère nécessaire pour faire évoluer des approches scotchées aux grandes heures du dériveurs des années 1980.

Précision indispensable, il n’y a pas de souci pour une délégation française à la vénérable Commodore Cup, 8 équipages français sur le mondial 49er à Miami (contre 2 en N17), un équipage pour le mondial match race junior qui va jouer avec les locaux néo-calédoniens , une délégation fédérale sur un euro de Moth à foil ou les équipes de  windsurfers talentueux.

En revanche l’absence de moyens  et de reconnaissance des jeunes sportifs  (et moins jeunes  comme ceux qui bossent sur le full foiling en Classe A) du catamaran de sport n’est que la persistance d’une analyse aujourd’hui dépassée d’un paysage sportif voile en pleine évolution. Pour mémoire et anticiper les JO de la jeunesse en 2018 ont retenu planche à voile , kite-surf et catamaran…

Majorité d’équipages mixtes, un poids cible vers 130/135 kg, une grande sensibilité aux déplacements longitudinaux, cela ne vous évoque rien ?

Bora Gulari (USA – Moth à foil), Iker Martinez (ESP – 49er), Sofia Bekatorou (GRE – 470/Yngling) et Franck Cammas (FRA – Large) au top dans leur discipline ont pu apprécier via le Nacra 17 que les Besson (FRA), Bissaro  (ITA) et Waterhouse (AUS) formés au sein des flottes denses avec seulement 2 voiles des coques bananées sont de redoutables adversaires.
Quand à la technicité de la régate et des supports en catamaran de sport, Gulari, double Champion du Monde de libellule à foil déclare même: «  » I would say [the Nacra 17 is] even trickier than anything else [that I’ve sailed] up to this point. »

Orion aura 34 ans en 2020, c’est l’âge actuel d’un certain Billy Besson ;-)

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