La baie de Quiberon, grand spot de la pratique catamaran, va voir cohabiter à partir d'aujourd'hui, les 15 SL16 français à l'ENV pour la sélection ISAF et 165 catamarans de l'Eurocat. Ces deux événements illustrent à leur manière la tendance de notre pratique. photo: Franck Tiffon.

Notons quelques  clefs de cette évolution qui doit moins à une explication économique, qu’à windguru et repose principalement sur une maturité de notre sport et de ses pratiquants. Non je n’ai pas écrit que le catamaran était devenu un repère de croulants ;-) . Bien au contraire cette approche procède aussi, comme on va le voir d’un affutage, d’une pratique plus pleine, intense  et qualitative de notre sport. La recherche des bonnes conditions de vent et windguru à 7 jours font certes des dégâts pour les organisations pas bien implantées et qui ne savent pas proposer un cocktail incitatif fort. Cependant, si la recette du gâteau change, cela ne veut pas dire qu’il est moins savoureux.

Rejoindre sa tribu et l’importance du travail des Classes.

Le dernier exemple en date est celui des Dart 15 sur l’Eurocat. De manière inédite, pas moins d’une quinzaine du petit frère du Dart 18 débarquent d’Albion afin de jouer ensemble dans la baie de Quiberon ce week-end. Ironiquement la meute des solitaires  british (comme les Viper, les F16 ou les D18) vont faire vivre un Championnat de France intersérie qui est censé alimenter les classes. Le monde vrai, mais à l’envers des tenants de la pensée unique fédérale, imposée sans grand succès. Cette énergie se retrouve dans les 120  préinscriptions pour  l’Européen Classe A du mois prochain à Maubuisson, malgré le dilemme de cette série (je vole ou je vole pas ?) et le succès des Championnats du monde 2014  HC16 (500 participants)  en Australie ou F18 2013 en Toscane (160 équipages). Impulsion forte aussi  en 2013 sur des Championnats de France des classes (pas mal comme terminologie, non ? ;-) ) chez les Classe A (70 participants) ou Hobie 16 (51 équipages).

Cette énergie est d’autant mieux exploitée avec des choix judicieux de dates et de facilité d’accès au lieu. Le Championnat du Monde F18 en Irlande, malgré la beauté des lieux, les offres des constructeurs, et la qualité de l’accueil se profile pour le moment en deçà de l’effectif italien de 2013. La Sardaigne au mois d’octobre c’est top mais cela a privé les jeunes du Championnat d’Europe Hobie en 2013, Barcelone en 2014 est plus accessible et toujours très sexy, mais fin juin début juillet, à la fois pour les parents avec des enfants scolarisés et les jeunes en exams ou oraux de concours, c’est compliqué. Ici les dates à partir de mi-juillet sont certes sur les périodes estivales intenses mais constituent des approches plus ouvertes. Je reste surpris que la seconde quinzaine d’août ne soit pas explorée. Le téléscopage peut faire mal, comme le montre le succès de St Barth qui grignote sensiblement l’effectif du  GP de l’Armistice pour les F18.

S’entraîner c’est pratiquer

Il n’y a qu’à voir la montée en puissance des séquences d’entraînements calées sur les grandes épreuves pour comprendre la volonté du régatier en catamaran d’améliorer sa pratique et son niveau de jeu. Cela contribue aussi à faire moins de régates mais sur un espace temps plus long qui intègre une phase de préparation. Les catamarans sont techniques et même les plus rustiques d’apparence demandent un temps certain de calage pour jouer sans trop de frustration lorsque l’heure de la confrontation est venue.

3/4 jours d’entraînements par jour de régate au programme semble un ratio raisonnable pour constater des progrès lors des régates. Sans séquence pour combler les lacunes, pas de surprises les hiérarchies se reproduisent, c’est beaucoup moins rigolo et motivant.

La dimension préparation/entraînement est d’autant plus importante que le désir de performance, de dépassement est là. Sans parler de pic de forme et d’objectifs, comme l’applique, avec justesse à mon sens, les top planchistes français qui zappent Hyères  en avril car c’est Santander en septembre qui compte. Car  l’on est pas au top toute l’année, ce qui contribue au fait que nous sommes passé dans une ère de la régate qualitative.

4/5 régates par an: le bon rythme ?

C’est vrai pour le circuit olympique et sans doute pour la majorité des pratiquants du catamaran aujourd’hui. Intercaler dans une saison de 2/3  rendez-vous majeurs annuels de votre classe/tribu, une paire de régates locales ou de proximité en intersérie fait aussi partie de la séquence de préparation et donne un nombre moyen de régates équivalent à celui constaté par les classes. La fédération a augmenté, artificiellement, ce chiffre en changeant les règles qui font que la régate BBQ (indispensable) de club du samedi est intégrée dans le compteur.

Les organisateurs du raid des Corsaires ont fait le choix  remarquable d’alterner une année de jachère entre deux belles éditions. Cela s’intègre dans cette logique d’envie et de qualité. Trop de régates tue littéralement la régate. Il est aussi plus facile de maîtriser une flotte de 140 catamarans que de 200 et de mieux considérer ainsi les pratiquants en répondant à des attentes simples mais qui donnent l’envie de revenir. Dans le cocktail de la réussite un artiste du drapeau et du relevé de vent s’avère un atout non négligeable. Ici encore, les classes et leur élus pratiquants concourent positivement, en partageant une belle expérience terrain, à la réussite des épreuves.

Ce mix varié et subtil est aujourd’hui impossible dans la filière jeune.  Le calendrier fou enchaîne au printemps, les WE  « petites régates » de ligue  mais sélective pour le Championnat de France, rendez-vous  de sélection pour le Championnat ISAF  qui commence aujourd’hui une semaine après le National jeune et interrégionales dans la foulée. Ce qui  épuise littéralement compétiteurs, parents et clubs sur une période courte et scolairement intense. Un Championnat du Monde SL16, filière jeune, fin juin ne choque que les parents dont les enfants passent le bac ?  Cet aspect d’équilibre  du calendrier n’est pas anodin, il est à suivre  de près d’autant que c’est une mission première dans la délégation confiée par l’Etat. Ici la spécificité du catamaran de sport entre engagement physique et difficulté logistique supérieure aux planches ou dériveurs n’est pas considérée assez sérieusement.

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